Message In A Bottle




Tout d'abord, chers amis lecteurs, je tiens à affirmer que je dénie toute responsabilité quand aux lignes que vous allez lire.
En effet, il s'agit là d'un étonnant feuillet contenu dans une non moins étonnante bouteille qui apparut subripticement, mais fortuitement à un moment ou je ne m'y trouvais pas installé, dans le fond fangeux de mes latrines. Je vous rassure de suite, je ne l'ai pas récupéré en ce lieux nauséeux, laissant cette tâche glorifiante (c'est ainsi que je lui présentais la chose) à mon Kender de service.
Je me pertmettrais également de vous donner un solennel avertissement : la lecture de ce document semble risuqer d'entraîner sur un esprit particulièrement faible (tout autre que le mien, donc) un profond déséquilibre mental, qui peut même n'être pas réversible. J'en veux pour preuve l'état quasi-désespéré dans lequel se trouve désormais mon Kender de service qui, depuis cette date, s'est mentallement métamorphosé en un monstre d'inhumanité dont vous pourrez facilement juger des intenses troubles psychiques puisqu'il s'est mis en ce qui lui tient lieu de tête de fréquenter de soi-disant cours de Foulosophie...
Vous voici donc doublement prévenus, et sachant qu'un homme averti en vaut deux, je tiens à signaler au passage aux divers établissements psychiatriques qu'il sera inutile de me tenir pour responsables du prochain afflux massif de schizoïdes.

Zenthar le Sage


"Au Nom de Dieu et de ce qui peut subsister de Bonté humaine en ce bas monde, je vous conjure de me venir en aide.
Mon nom est Gaël Dézir, mais je doute fortement que cela vous soit de quelque manière utile, ni même que nul d'entre vous ne puisse me connaître, car cela fait désormais plus de huit années que je suis ici emprisonné, et que je subis les pires tortures, que je suis victime du plus immode supplice qui se puisse imaginer.

Mon histoire est aussi simple que douloureusement triste.

J'étais un jeune homme grand, fort, beau et intelligent, qui venait de brillament réussir aux épreuves du Baccalauréat, et qui se mit à la recherche d'une Université digne de son extraordinaire esprit de créativité.

Ayant ainsi face à moi un avenir des plus prometteurs, je tournais mon regard limpide vers le seul aspect bassement terre-à-terre qui put m'intéresser, à savoir la recherche de l'âme soeur, de celle que je choisirais pour partager ma vie. Aussi durant quelques semaines je batifollais de l'une à l'autre, passant de Claudia à Brooke, de Carla à Angie, et tant d'autres encore, avant de retrouver enfin celle qui fit chavirer mon coeur une seconde fois, avec ses longs et soyeux cheveux noirs, la pâle peau douce de son visage d'où surgissent dans un admirable contraste les deux puits d'encre de ses yeux, son nez menu descendant sur sa voluptueuse bouche, son long corps aux formes d'une torride sensualité, tout en elle m'éblouit une fois de plus lorsque je la revis, semblable trait pour trait à mes plus doux souvenirs.

Mais j'aurais dû me méfier d'un si soudain retour au Bonheur, car tout n'était là que duperie, qu'illusion tirée des tréfonds de mon subconscient afin de me pouvoir mieux tromper.

Et qui pouvait accomplir pareil prodige pour une aussi machiavellique fin ?
Qui pouvait s'en prendre au tout premier des "sous-créateurs", comme se complait à nous appeler R. Matthews, et comme je me considère depuis lors ?
Qui pouvait donc déclencher une telle puissance dans le seul but d'assouvir ses visées ?
Qui, sinon la créature qui se devrait d'être la plus haïe de la race humaine, car la plus haïssable ???
Qui sinon l'être infâme et informe qui n'a de tout temps eut pour unique objectif que la perversion de notre bien-aimée humanité et sa soumission à sa cause ??????

Toujours est-il qu'il s'agissait d'un leurre destiné à me piéger, comme je le compris en m'éveillant dans l'ignoble situation qui est la mienne depuis plus de huit années, après m'être endormi, comblé, dans les bras de ma moitié.

En effet, lorsque je sortit de ma torpeur je m'aperçut tout d'abord être dans un sombre et humide cachot, grouillant de rats, d'araignées et de cafards, et de choses pires encore se tapissant dans les ombres les plus obscures.

Mais immédiatement je me rendis compte d'une chose bien plus surprennante encore : mon angle de vision était positivement anormal. Et après un rapide coup d'oeil en direction de ma personne je vis que je ne me voyais pas !!
Et pour cause, puisque j'étais emmuré vif, seuls dépassant encore de la paroi où grimpaient les horribles insectes ma tête et ma main droite jusqu'au poignet, alors que je me trouvais dans une posture horizontale, tourné vers le sol.

Je n'eus pas le temps de me poser la moindre question, cr alors retentit une voix grave, sourde, profonde et caverneuse, telle la Voix de Dieu dictant à Moïse les Commandements au sommet du Mont Sinaï, mais je savais déjà que cette voix appartenait plus au Démon qu'à Notre Seigneur.

Cette vois résonnante crut bon de m'informer du fait que j'étais emprisonné, état de fait que mon brillant esprit déductif m'avait appris depuis belle lurette, et que désormais ma vie ne dépendrait plus que de la bonne volonté dont je ferais preuve dans l'absolue obéïssance aux ordres qu'elle me donnerait (la voix).

Malgré mon extraordinaire force de volonté, c'en était plus que je ne le pouvait supporter, et la conscience s'échappa lentement par les pores de ma peau.

Lorsque je revins à moi, je n'attendis guère longtemps avant d'entendre à nouveau cette voix démoniaque s'il en est, mais comme si tout cela n'était pas suffisant pour ébranler mon équilibre mental, je vis apparaître devant mes yeux ébahis de stupeur la silouette informe et ô combien horrible de mon tortionnaire, que nul mot ne saurait décrire sans en trahir les diverses impressions et sensations plus dégoûtantes et infâes les unes que les autres. Je me refuse d'ailleurs à ne serait-ce que tenter de faire comprendre par des mots détournés ce que je vis en ce funeste jour, car cela serait risquer de gravement compromettre la santé psychique de l'infortunité lecteur.

Qu'il vous suffise de savoir qu'il m'est apparut jour-là sous une forme que l'on pourrait vaguement décrire comme étant un informe nuage d'une noirâtre brume nauséabonde au plus haut point, au coeur de laquelle scintillent deux lueurs emplies de malice d'un rouge-orangé blâfard, et d'où s'échappent deux longs tentacules verdâtres et visqueux.

Et depuis tant d'années irrémédiablement perdues cette immonde créature à la voix si empreinte d'une fausse autorité, qui ne possède nulle main, me force par les plus odieuses tortures spirituelles, dépassant de loin ce que l'esprit humain pourrait imaginer de pire, à écrire pour lui les insanités les plus infâmes qu'il m'ait été donné de connaître, les plus vils immondices, qu'il m'oblige à créer et à signer de son nom, afin qu'il les fasse publier dans ce qu'il ose appeler son journal.

Aussi je vous en conjure une fois encore, aidez-moi si vous le pouvez à recouvrer ma liberté avant que ma santé mentale défaillante ne s'écroule totalement. Mais avant toute autre chose, si j'ai couru le risque d'écrire et d'envoyer ce mot, c'est pour que vous qui me lisez aujourd'hui avertissiez le monde entier du danger qui le menace, et pour que vous fassiez savoir qui est réellement mon tortionnaire. Que chacun sache que penser de celui qui se fait appeler...


Zenthar le Sage".