Ils s'étaient rencontrés par une belle soirée d'été à la terrasse d'un de ces cafés antiques qui ont fait la réputation de ces lieux. Il lisait pour la énième fois le "Salomé" d'Oscar Wilde, assis seul à une table. Il avait pris soin, bien entendu, de recouvrir le livre de la couverture d'un ouvrage scientifique, cet auteur maudit étant depuis longtemps interdit. Elle arriva quelques instants plus tard, sublime, gracieuse et séduisante. Avisant le jeune homme, elle eu pour ainsi dire le coup de foudre immédiat. S'asseyant à sa table dans un mouvement résolut, elle s'étonna elle même que sa réserve habituelle soit si vite tombée en présence de cet inconnu. Il l'observa un temps, masqué derrière ses petites lunettes aux verres fumés, puis lui sourit. La jeune femme se sentait et se savait déjà conquise, comme s'il eu usé de quelque maléfice.
Ils n'échangèrent aucune parole, après un court laps de temps, le jeune homme se leva, prenant la douce jeune femme par la main. Les passants semblaient tous réprouver cette marque tant visible d'intimité. Certains paraissaient même ouvertement choqués du spectacle qu'ils donnaient à voir ainsi. On pouvait presque en effet lire dans les yeux de ces deux-là l'amour qu'ils se portaient déjà mutuellement. Le jeune homme s'engouffra bientôt dans un de ces grands immeubles qui font la réputation du II° Secteur de Gigapolis, un hôtel particulier de grand standing. La jeune femme pénétra à sa suite dans un dédale de pièces somptueusement ornées de tableaux de maîtres, de sculptures antiques et de collections d'armes blanches. Elle se laissa conduire sans réticence jusqu'à une chambre, où un fumet entêtant d'encens emplissait l'air. La chambre était vaste. Des tapis d'orient moelleux, des meubles anciens, attiraient son regard mais ce n'était rien en comparaison de ce gigantesque lit à baldaquin tendu d'azur et d'or...
Il la contempla quelques instants puis la saisit par la taille, l'amenant doucement à lui. Il se pencha alors vers elle et déposa dans son cou quelques baisers tendres. Son parfum voluptueux et sensuel l'envahit presque immédiatement. Elle passait désormais ses mains tendres et fines dans ses cheveux soyeux. Il la saisit, la souleva de terre aussi aisément que le vent se saisi d'un fétu de paille. Il l'amena jusqu'à la chambre et la déposa délicatement sur le grand lit tendu de lilas. Elle avait fermé les yeux et semblait s'abandonner pleinement à lui, enjouée et souriante. Alors que la stéréo continuait à égrener doucettement les mesures de l'apocalypse des animaux, il se pencha au-dessus d'elle, déposant un baiser de papillon sur ses joues fiévreuses. Il s'allongea à ses cotés, son cœur commençant à battre la chamade. Tout en lui susurrant à l'oreille des mots que seuls les amants peuvent connaître il entreprit de dégrafer un à un les quelques boutons de son chemisier de soie blanche. Il pouvait à présent voir sa poitrine se soulever au rythme de son souffle devenu pressant. Lorsqu'il en eu finit, il put contempler à loisir ses deux petits seins pointant vers le désir, gracieusement gainés dans un soutien-gorge de dentelles fines. Offerte à son amant elle ne se manifestait toujours pas. Cette première conquête emportée, sans grande lutte il est vrai, il décida néanmoins de la célébrer en couvrant la partie visible de ses seins de doux baisers, tandis qu'il entreprenait maintenant de partir à la découverte de ses longues jambes effilées. Sa main commença à caresser doucement sa cheville, puis lentement, très lentement, elle remonta le long de sa jambe vers sa cuisse. Le doux toucher de la soie de ses bas lui apportait un millier de sensations, qu'il ne parvenait pas à définir. Il rencontra, parvenu à mi-distance, le tissu de sa longue jupe savamment fendue, n'y prêtant que peu d'attention il décida de l'emmener avec lui dans ce long et magnifique voyage...
Parvenu au terme de sa croisière, et presque au comble de l'excitation il entreprit de faire subir à la glissière de sa jupe le même sort qu'avait déjà connu les boutons de son chemisier. Elle se redressa alors, lui offrant quelque peux son concours. Il en profita pour finir de lui ôter son chemisier, et, en un geste mesuré, dégrafa d'une main experte son soutien-gorge. Ses seins légèrement ambré par le soleil lui apparurent alors dans toute leurs splendeurs. Quelques instants après la jupe dévoilait à son tour ses trésors. Ne subsistaient encore sur sa peau délicate et suave que ses bas, tenus par un porte-jarretelle d'une blancheur d'albâtre, et un petit morceau d'étoffe masquant son sexe. Dégrafant ses bas il entreprit de les faire rouler doucement le long de ses jambes fuselées. Ceci fait il défit également le porte-jarretelle tout en couvrant son ventre de caresses et de baisers langoureux. Le pantie ne résista guère longtemps aux assauts de cet ardent amant. Il pu alors la contempler entièrement nue et offerte. Le galbe de sa taille, la finesse de son visage. Ses longs cheveux châtains lui tombant légèrement sur ses frêles épaules. Ses lèvres délicates, ses seins avantageux, ses mains exquises. Il ne se lassait pas de ce spectacle onirique, véritable ode a la beauté et à la sensualité. Tout en elle était sensuel et voluptueux...
Elle dévêtit à son tour son amant en un rien de temps. La cravate tout d'abord, puis très vite la chemise, qui découvrit ce torse puissant sans aucune pilosité. La ceinture céda, le pantalon glissa sur des jambes vigoureuses, puis tout aussi vite le caleçon, découvrant alors son sexe dressé. Les deux amants roulèrent ensemble dans une étreinte passionnée, fougueuse. Un réel ballet de caresses et de baisers fougueux dévorant littéralement le corps de l'autre, chacun des deux amants fit conquête de l'autre, de cet autre tant désirable, tant convoité.
Elle laissait désormais son esprit vagabonder au gré de ses désirs, il l'emmenait déjà sur les rivages incertains et enchantés d'une petite crique de sable blanc et fin. Elle en aperçut le turquoise de la mer et le pourpre du coucher de soleil. Elle ressentait la brise légère et marine, elle humait des saveurs faiblement épicées. Elle aimait et se sentait aimée...
Abandonnés l'un à l'autre ils échafaudaient déjà des plans pour l'avenir.
Un avenir qu'ils savaient tous deux vouloir passer côte à côte comme en cet instant. Ils ne pouvaient plus imaginer leur vie sans l'autre, cette simple idée leur était déjà un supplice intolérable.
Ils auraient du entendre la porte de l'appartement s'ouvrir, s'ils n'étaient pas tous deux absorbés en cet instant dans leurs confessions amoureuses...
Un instant plus tard ils devaient pourtant tous deux faire face aux officiers zélés de cette tant exécrable et effroyable Milice Citoyenne. Cette police politique que le gouvernement de Gigapolis en cette année 2027 entretenait à grand frais pour prévenir ou réprimer les actes jugés Asociaux.
Les deux officiers arboraient avec fierté l'uniforme sombre de leur corps d'appartenance, ils menaçaient ostensiblement les deux amants de leurs lourds blasters laser.
Avant que l'homme n'ait pu esquisser le moindre mouvement ou prononcer la moindre explication, les deux officiers ouvrirent le feu et abattirent de concert la jeune femme.
Le premier tir lui transperça la poitrine, le second la frappa à l'abdomen. Lorsque son corps retomba sans vie au côté de son amant son visage était encore emprunt de tout l'amour qu'elle lui destinait. Ses doux yeux en amande fixé sur lui comme un ultime défi à la mort.
La satisfaction du devoir accompli pouvait se lire à cet instant sur les visages autrement sans expression des deux officiers qui traînaient désormais l'homme dans l'escalier, sans aucun ménagement, toujours dans le plus simple appareil. Ils avaient tout juste pris le temps d'apposer des scellées sur la porte de son appartement. Ils le poussèrent violemment à l'arrière du van antigrav de la Milice Citoyenne qui les attendait dans la rue.
Prenant de l'altitude le Van se dirigea vers le centre pénitentiaire de Gigapolis. Si le trajet fut assez court, il sembla durer une éternité à l'homme sur qui s'abattait maintenant une véritable pluie de coups.
Il fut immédiatement traduit devant l'un de ces tribunaux d'exception, où il comparu devant un juge portant cagoule et toge blanche, symboles de sa fonction.
Le Tribunal était immense, et désert. Seul prostré sur le sol froid, au centre de la pièce, ne pouvant se tenir debout après la myriade de coups qu'il venait de recevoir, il apercevait le juge juché derrière ses consoles informatiques.
A l'énoncé des actes d'accusations il se sentit défaillir, toute son attention se portant à présent sur le dernier regard de sa défunte compagne :
"Matricule MJK11589,
Vous comparaissez en ce jour du 3 septembre 2027 devant le XV° Tribunal d'Exception de Gigapolis conformément à l'article III de notre constitution pour atteinte capitale à la loi de protection génétique Pan Européenne.
En vous rendant coupable d'accouplement avec une créature impure vous encourez la réclusion à perpétuité dans nos complexes de production chimique.
Matricule MJK11589, avez vous quelque chose à déclarer pour votre défense ?"
Il avait à peine entendu la voix rude du juge, mais savais en substance ce qu'il lui avait déclaré. A quoi bon, se dit-il, tenter de faire comprendre à ce monstre qu'il avait l'intention de déclarer cette jeune femme aux autorités comme sa compagne, perdant par la même sa position sociale, et ses privilèges.
A quoi bon tenter d'argumenter ou de faire entendre à cet homme ce dont il se moquait éperdument.
Pour lui, il le savait bien, il n'était qu'un traître de plus, qu'il fallait au plus vite écarter à tous prix de la société, pour éviter qu'il ne la contamine de ces pensées obscènes.
A quoi bon se lancer ici et maintenant dans une diatribe contre ce gouvernement totalitaire et tyrannique, que ces contemporains avaient eux-même élus pour présider aux destinées de Gigapolis. Comment aurait-il pu faire entendre la voix de la raison à ce suppôt des despotes qu'étaient les Grands Directeurs.
Comment aurait-il même pu faire comprendre à cet assassin du bonheur qu'il avait tant aimé cette femme, quand juste en évoquant son existence, il avait senti chez ce juge son dégoût et sa répulsion.
Depuis la grande guerre, et la chute dramatique du taux de natalité en Pan Europe, due en grande partie aux retombées bactériologiques et chimiques des armes qu'avait employée l'Asie, les ressortissants Asiatiques vivant à Gigapolis étaient traités comme des esclaves. Déchus de tous droits, sans l'espoir d'un moindre avenir.
Mais peu lui importait bien à lui que cette femme ne soit pas de souche Pan Européenne. Il l'avait aimé et c'était là en ce jour le délit qui avait déjà coûté la vie à sa bien aimée et qui allait lui coûter cher, très cher.
Il ne prit même pas la peine de répondre...
La sentence fut immédiate. Il fus conduis le jour même au centre de production chimique N°2. Il n'y passa somme toute que bien peu de temps. Les émanations des produits hautement toxiques qu'il produisait en ces lieux pour l'armée, avec la cohorte de ses compagnons condamnés comme lui pour des délits capitaux, mirent fin à ses souffrances en un peu moins de trois semaines.
Ses dernières pensées furent pour elle...