LIVRE DE VOYAGE D'ALIX BARTOLD
Dernier Survivant de la Confrérie du Dragon
"Une si jolie petite auberge"


par Gaël DÉZIR (Zenthar)



C'est peu de temps après que je trouvais refuge à l'Auberge de la Bière du Dragon, à l'étrange mais néanmoins superbe enseigne où trois têtes de Dragons sortent d'une même chope.
J'entrais donc dans cet unique symbole de civilisation au sein d'un océan de guerre et d'anarchie, pour trouver la compagnie d'êtres s'avérant au final très rebutants.
Il y avait là un homme étrange, mais était-ce bien un homme, aux cheveux teint en noir et aux yeux faussement jaunes, et répondant au stupide sobriquet de Sombre Blanc, et un attardé mental ayant reçu par je ne sais quel caprice des dieux la faculté de pouvoir conjurer des effets magiques, mais n'importe où et n'importe comment, qui sont fort heureusement tous deux partis dès le lendemain ; un Nain d'une puanteur hors du commun, même pour un membre de cette race, et d'une saleté incroyable, à tel point que mouches, mites, poux et autres blattes ont élu domicile dans sa barbe ; et un guerrier colossal, guère plus intelligent que le Nain est propre, son espadon posé en travers de ses genoux alors qu'il était attablé dans la salle commune.
C'était là toute la maigre clientèle de cet aubergiste à l'air maussade qui une demi-heure plus tard allait disparaître.
Peu après qu'il ait été s'occuper de Bill, mon âne, la porte extérieure s'ouvrit pour laisser passage à un Nain hirsute, fatigué par le voyage, mais au moins lui était-il vivable contrairement à son congénère, lui-même suivi de près par sept chevaliers encadrant un homme enchaîné.
Mon flair entraîné m'avertissait que tout cela puait les ennuis au moins autant que le Nain, mais mon insatiable curiosité m'engagea à rester pour connaître le fin mot de ces deux mystères : la disparition inopinée de l'aubergiste et l'arrivé de ces chevaliers du Haut Roy qui ne prononcèrent pas un traître mot avant d'avoir fouillé de fond toute la bâtisse.
Mon sens des affaires ainsi que mon opportunisme aidant, je profitais de l'absence du propriétaire pour prendre sa place, et prétendre qu'en tant que confrère celui-ci m'avait confié la garde de son commerce, sans s'expliquer plus avant. Ces benêts qui occupaient l'auberge avec moi ne se doutèrent pas un instant de la supercherie, sauf peut-être Althir, le Capitaine des Chevaliers.
C'est ainsi que je me mis en devoir de satisfaire aux besoins de mes clients, et à ceux de ma bourse par la même occasion. M'aidant du trousseau de clés trouvé derrière le comptoir je fouillais dans le détail mon auberge, trouvant réserve de nourriture, économies de l'ancien propriétaire, et surtout divers documents m'apprenant qu'il avait été contacté par des gens qui, ayant enlevé sa famille, exerçaient un chantage visant à ce qu'il empoisonne la nourriture des chevaliers.
Je décidais, après m'être approprié or, documents et poison, que la nuit porterait conseil et allait ainsi que mes clients me coucher.
Mais le lendemain n'allait nous apporter que de mauvaises nouvelles. Pour commencer, Tharkan, le mercenaire, trouva à l'aube le corps de l'ancien aubergiste attaché sur une chaise dans la grande salle, la gorge tranchée très "proprement", si je puis dire.
Travail de professionnel !

Puis, une bonne heure plus tard, Althir nous convoqua tous dans la suite qu'il occupait avec les siens, pour nous apprendre que leur prisonnier est un certain Mandrake, un criminel des plus pervers, et que l'auberge, mon auberge, était désormais encerclée par ses alliés. Nous allions devoir, d'après lui, repousser leurs assauts quatre jours durant, jusqu'à ce qu'arrivent des chevaliers d'Eau Profonde, venus tout spécialement chercher Mandrake.
Bien sûr nous n'avions plus aucune possibilité de fuite et étions forcés, pour survivre, de les aider à combattre ces personnes.
Dès lors nous entreprîmes de fortifier l'auberge, chacun à notre façon.

Burgglecut, le Nain puant, voulu construire stupidement une catapulte, cela ne servant à rien puisque les chevaux et mon petit Bill ont été drogués, ce qui nous empêche non seulement de fuir, mais aussi de manoeuvrer cet engin.
Tharkan lui chercha intelligemment à obturer les diverses portes et fenêtres.
Quand à moi, je me fis un devoir d'installer toutes sortes de pièges brillants et subtils dans les passages les plus appropriés.
Nous travaillâmes donc très durement deux journées durant, jusqu'à ce que, à la tombée de ma troisième nuit en ces lieux, nous soyons partis, sous l'initiative d'Althir, en reconnaissance dans le camp ennemi pour tenter de les dénombrer.
Durgin, le second Nain, le seul à vouloir m'accompagner à ce moment-là, ne voulait pas se défaire de l'idée stupide qu'il avait d'aller espionner revêtu de son armure de bataille. Voyant ensuite Burgglecut et Tharkan se ranger à son idiotie, je décidais de partir seul de mon côté, leur laissant le loisir de se faire repérer, ce qui ne manqua pas d'arriver, leur salut final n'étant dû qu'à l'intervention inopinée d'Althir et des siens, du moins ceux qui restaient car durant les deux précédentes journées, deux des chevaliers ont été retrouvés égorgés au sein même de l'auberge.
Je ne démord d'ailleurs pas du fait que c'est Tharkan qui, à trois reprises, a découvert les cadavres...
Toujours est-il qu'alors que leur commando suicide finissait dans un bain de sang (le leur), de mon côté je réussissais à savoir qu'ils étaient une cinquantaine, mais qu'ils attendaient des renforts pour le lendemain matin, et qu'alors ils attaqueraient.
De retour au relais, je fis mon rapport à Althir et vis l'état de ces imbéciles. Sans même un mot de réconfort, car ils n'en méritaient pas, j'allais glaner un repos amplement mérité, lui.
La journée du lendemain fut placée sous le signe de la tension. Nous ne parlâmes que très peu, chacun étant occupé à son propre labeur, tous attendant le moment fatidique.
Et lorsqu'il arriva, ce fut l'horreur.

Les Orcs arrivèrent par l'avant, où la catapulte ne pût tirer qu'à trois reprises avant de casser, et par l'arrière, dans la cour intérieur gardée par Althir et ses chevaliers, tireurs d'élite à l'arbalète.
Mais ils arrivèrent aussi par l'intérieur, par une trappe secrète située dans l'entrepôt.
Malgré toute la résistance quasi-héroïque dont nous fîmes preuve, ce fut un véritable carnage et je ne dû moi-même mon salut qu'au fait que, lorsque j'ai compris qu'ils étaient passés par cette trappe et qu'ils allaient emmener Mandrake, je me suis posté en embuscade près de ce passage et j'ai attendu leur retour après avoir enduit ma lame d'un peu du poison destiné aux chevaliers. J'étais bien décidé à ce que les Orcs ne puissent pas se réjouir plus que nous, et pour cela à tuer ce Mandrake.
Or il s'est avéré qu'ayant remporté la victoire, ils sont tout simplement sortis par la grande porte.
Me rendant compte du calme soudain et de leur non-venue, je me hasardais à sortir de ma cachette et, chemin faisant, de l'auberge, d'où je les vis s'éloigner, beaucoup en clopinant, preuves vivantes de l'efficacité de mes pièges et de la hargne de mes défunts compagnons.
Je pris la résolution de les suivre après avoir revêtu l'uniforme d'un Orc mort (ils puent quand même moins que les Nains !), et je les vis se regrouper au coeur de la forêt, en un cercle invocatoire autour du cadavre de Mandrake !
En effet un des chevaliers, sûrement Althir, voyant notre cause perdue s'est décidé à mettre fin à ses jours et à lui trancher la gorge.
Ils se sont donc mis en cercle autour de lui et ont commencé à entonner une sombre mélopée, parfois un simple murmure, parfois s'enflant en un hurlement exalté.
Pendant près de trois heures les quelques soixante Shamans Orcs chantèrent, pour finalement s'arrêter à un moment inattendu, alors que Mandrake, Fils de Yurtrus, Celui Qui Veille, relevait la tête ! !
Il partit ensuite avec ses troupes droit sur la forteresse du Haut Roy déjà en état de siège.
Personnellement, je choisis de repartir sous des climats plus sains, et fis demi-tour pour retrouver ma Sembie natale.


A Suivre... dans "Les Aventuriers du Temple Perdu".

par Gaël DÉZIR (Zenthar)